Une étoile dans la tête - Plume Direct - Maison d'édition numérique associative - Nicole Voisin

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Une étoile dans la tête

Auteur : Nicole Voisin

Publication : 18 mai 2019

ISBN : 978-2-9534938-Ro-4.020

Pages : 103

Prix : 4.00 €

Genre : Roman

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4,00

Description

Le Pr Jacques DUPONT, un éminent chercheur, est frappé par un évènement tragique qui va changer sa vie en le faisant brusquement basculer dans un état second. En l’écoutant, on se rend compte que le fou, comme il se qualifie lui-même, a beaucoup à nous apprendre et on s’interroge sur la manière dont notre société traite (ou maltraite) les personnes en grande souffrance psychique.

Ce roman, à l’allure de conte philosophique, se déroule sur la Pointe du Hoc, un haut lieu du débarquement du 6 juin 1944. La conception de la folie qui assimile la maladie mentale en général aux actes les plus mauvais de l’espèce humaine n’est pas étrangère aux outrages, à la discrimination, à la stigmatisation qu’aucune loi, aucun décret, fût-ce moral, n’interdisent…

L’auteur s’est engagée à reverser la moitié de ses droits d’auteur à l’UNAFAM, association s’occupant de malades psychiques et de leur famille.


Extrait :

A chaque tentative pour sortir du flou, rassembler ses idées, un ronflement sinistre, oppressant, sans aucune résonance familière, la rendait moite de terreur.

Lâchement, elle se rendormait.

Enfin, dans un geste téméraire, elle réussit à défier l’horrible vision qui faisait ce bruit : dans une anfractuosité du mur, une chouette fixait la pénombre, ses deux gros iris noirs cerclés d’or sous un triple rang de paupières lourdes au creux d’une face blanchâtre.

Ses lèvres étaient sèches. Elle se laissa retomber comme une masse.

Elle voulait dormir, rêver, continuer d’être heureuse…

Tout l’après-midi, la bande avait rôdé autour des cratères de bombes. Ecrasé par les Rangers au siècle dernier, le sol était recouvert de gazon, à perte de vue, jusqu’au buisson de barbelés d’où surgissait, comme un bec de plume écrivant dans le ciel, une aiguille de granit.

Progressivement, tout redevenait clair dans sa tête : le départ de ses amis vers Paris, la petite moustache de Ludo qui l’avait faite frissonner, son regard insistant quand il l’avait embrassée sur les joues, effleurant subrepticement ses lèvres au passage. Dans ce geste malicieux, elle croyait avoir discerné un signal, une invitation, un changement de vie pour la rentrée des vacances de février.

Elle s’était retrouvée seule dans la vieille demeure restaurée où elle ne se souvenait pas être déjà venue tellement c’était lointain. Elle avait décidé de profiter encore de l’absence de sa grand-mère qui s’était réfugiée chez la voisine depuis le matin « pour éviter le boucan », disait-elle, en vérité pour la laisser libre avec ses amis.

Elle avait filé le long du sentier jusqu’au parking désert. Là, elle avait hésité un instant. Une nuée de mouettes striait l’espace tout à coup menaçant d’ailes sombres et fracassantes, de cris sauvages. La nuit commençait à tomber.

Elle s’était mise à courir. Rien n’aurait pu l’arrêter. Elle allait aimer. Cette idée suffisait à lui insuffler une force nouvelle, à décupler sa fantaisie, sa joie de vivre.

Trompée par le souvenir des quelques rayons qui avaient réchauffé sa peau près du garçon responsable de son trouble, elle ne sentait plus les rigueurs de l’hiver. Quand de grosses gouttes de pluie avaient commencé à sourdre des nuages noirs soudainement agglutinés, au lieu de rebrousser chemin, elle s’était précipitée en direction du cap, au bout de la pointe, comme s’il y avait eu pour elle nécessité d’arpenter creux et bosses, vastes, lunaires, pour atteindre le bord de la falaise haute de trente mètres.

Haletante, elle avait poursuivi sa course rageuse dans ce territoire insolite parmi les restes de blockhaus en ruines.

L’averse ruisselait sur son corps. Elle se sentait nue.

Dans chaque flaque qui grossissait à vue d’œil au fond des trous, elle prenait un malin plaisir à s’éclabousser.

Elle avait glissé, sans un cri, transpercée par un coup de tonnerre, juste après l’éclair.

Ensuite, c’était le vide.

Elle n’osait pas rouvrir les yeux à cause de ce masque dans la niche de pierre, remuer ne serait-ce qu’un petit doigt, ni respirer. Elle ne reconnaissait pas sur sa peau la toile rugueuse qui l’enveloppait.

Elle se redressa, écarquilla les yeux. Le vent hurlait comme un chien sous la porte de bois cadenassée, prête à céder, c’était sûr. Flamme chavirée, une bougie luisait dans chaque coin de l’antre. Sa robe de polyester rouge, suspendue à deux clous, frissonnait sur le mur.

Une voix grave, lointaine, sortit des limbes : « Ne crains rien. Ta robe sera juste un peu chiffonnée. Elle était trempée. Je n’avais rien d’autre à te mettre que ce bleu de chauffe. Que dirait la vieille si elle te voyait ainsi accoutrée ? »

Un rire en cascade surgit de l’ombre.

L’homme s’approcha, yeux brillants, cheveux en bataille. Il portait à son cou des lunettes attachées à une fine chaînette d’argent. De taille moyenne, plutôt mince, il paraissait âgé d’une cinquantaine d’années, peut-être moins.

Elle le toisa :

– Vous connaissez ma grand-mère ?

– Oui, je la connais.

Il souffla la bougie posée près de la porte et ajouta :

– Il faut économiser, les nuits sont encore longues en cette saison.

Il se mit à piétiner nerveusement. Du sable sec voleta jusque sur le lit de camp où elle se recroquevillait, beaucoup trop étourdie pour se lever. Elle s’allongea de nouveau en réfléchissant… Elle devait modérer ses réactions quelquefois trop vives pour arriver à comprendre la situation et surtout à la maîtriser.

Elle grelottait, le fait d’avoir bougé dans une atmosphère humide et glaciale.

L’homme lui tourna le dos, feignant d’oublier sa présence. Elle glissa sa main sous la veste raide pour vérifier la tenue de son soutien-gorge, de son slip. Apparemment, il n’avait rien touché. Elle soupira.

D’un mouvement brusque, il pivota, lui fit face. Il se mit à parler avec une douceur inquiétante :

– Non, je ne viole pas, fillette. Pas ça… J’ai découpé des corps en petits morceaux. Je les ai écorchés, dépecés, ficelés. J’ai arraché des yeux, tiré des langues, écartelé des membres, mais violé, jamais.

Elle se dit que sans doute elle allait mourir, là, au milieu des vacances d’hiver, à dix sept ans, juste avant de connaître l’amour, à quelques pas de chez elle ou plutôt de cette baraque porte-malheur dont elle s’était bien passée jusqu’alors. Sa vie allait s’arrêter, en plein élan, dans le secret le plus absolu, comme par inadvertance. L’écho de la voix ferme de sa grand-mère résonnait dans sa tête : « Ne t’aventure jamais seule sur la pointe du Hoc, jamais. » …

Edité et distribué par la maison d’édition numérique associative Plume Direct

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