Le veuvage - Plume Direct - Maison d'édition numérique associative - Destin Feutseu Dassi

Le veuvage

Auteur : Destin Feutseu Dassi

Publication : 14 mars 2020

ISBN : 978-2-9534938-Ro-4.025

Pages : 48

Prix : 3.00 €

Genre : Roman

3,00

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Description

Roman écrit en 2008 et depuis lors non publié, Le veuvage est un roman inspiré d’une histoire réelle déroulée à l’Ouest-Cameroun. Bâti sous fond d’opposition entre tradition et modernité, patriarcat et matriarcat, religion locale et religion importée, ce roman retrace la vie d’une jeune fille promise à un avenir radieux dont le mariage a complètement dévié la trajectoire pour faire d’elle in fine non un sujet capable de décider de lui-même, mais un objet manipulable, voire convoité et martyrisé selon les désirs d’abord d’un époux mystérieux et phallocrate, ensuite d’une belle famille tyrannique, avare et conservatrice prise dans l’étau d’une tradition taillée à juste mesure par un beau père qui se veut la mesure de toute chose. C’est l’histoire de chaque jeune fille africaine que l’on étouffe et oppresse, dont la voix est aphone au milieu de celle de nombreux mâles dominants qui l’étrangle et l’étouffe. C’est aussi malheureusement l’histoire d’une famille qui paye le prix de sa cupidité et doit vivre avec les séquelles du traumatisme vécu par sa fille devenue légume à cause du mariage, même si son jeune frère finit pas l’arracher des mains de son oppresseur de belle-famille, à temps ou à contre-temps.

 

Extraits :

En cette matinée ensoleillée d’octobre, la cour de la famille Nouaghe s’emplit peu à peu, on eut dit un lieu de marché périodique, surtout avec les fêtes de fin d’année se pointant à l’horizon ; mais tel n’était pas le cas, car c’est un tout autre événement qui rassemblait les gens en ce lieu, un évènement à nul autre pareil, tel que personne n’en avait jusqu’ici vu dans ce petit village nommé Laghom situé au cœur de la région de Binam.

La famille Nouaghe, l’une des rares familles monogames du village, avait six enfants parmi lesquels Djughe Martina, la première fille et d’ailleurs la plus éduquée de ses frères et sœurs, puisqu’elle au moins avait pu commencer le secondaire après son certificat d’études primaires. En effet, en son temps, M. Nouaghe travaillait comme planton à la coopérative agricole du village.

Ainsi, le nom de Djughe accordé à leur fille première née, n’était pas un fait du hasard, c’était la future fortune de la famille, d’autant plus qu’elle avait fait l’école des blancs et était, en outre, dotée d’un diplôme, ce que bien peu de filles de sa génération avaient jusqu’ici obtenu ; et puis quel parent enverrait sa fille à l’école alors que les champs sont fertiles et la houe légère ? Martina était donc une perle, non pas seulement grâce à son niveau scolaire, mais aussi grâce à ce teint brun et très exceptionnel, unique dans son genre, dont rêvaient tous les hommes du village, prétendant même être prêts à divorcer afin d’épouser en secondes noces une femme de pareil teint.

La grande innombrable foule présente dans la cour familiale de Martina en était donc un signe et un signal fort évocateur ; elle avait en effet atteint l’âge où toute fille de ce village allait en mariage, elle avait dix-huit ans, et Barrabas l’un des fils du village vivant en ville avait trouvé en elle l’os de ses os, la chair de sa chair, le cœur de son cœur, la lumière luisant enfin dans ses ténébreux soucis ; voilà du moins ce qui justifiait la présence de toute sa famille ou alors presque toute sa famille dans la cour des Nouaghe.

Il est vrai que nul ne savait avec exactitude qui était ce Barrabas ; ce que l’on savait c’est qu’il vivait en ville, ce que bien peu de ses frères du village avaient pu faire. Aussi, chaque fois qu’il rentrait au village, tous ceux de sa lignée recevaient plus ou moins six kilogrammes de riz, deux litres d’huile et quelques paquets de cubes. Ce qui encourageait aussi la famille de Martina dans ce sens.

Ce nouveau gendre était svelte d’une taille d’environ 1,70 m, teint noir, couleur d’ébène, cheveux touffus, visage un peu ridé et yeux aux pupilles marron, lui donnant l’allure d’un homme la quarantaine révolue. Il était venu demander la main de Martina qu’il promettait, déjà, sans qu’on ne lui exige quoi que ce soit, de rendre heureuse jusqu’à la fin de ses jours sur terre.

Ce n’était vraiment pas un jour comme les autres, la manière dont la table était garnie témoignait de quel genre de gendre Barrabas pourrait être ; c’est aussi pourquoi M. Nouaghe voulait précipiter les choses ; il aurait bien voulu que le mariage eût directement lieu ce jour-là même, afin que la jalousie de ses voisins ne les pousse à lui mettre des bâtons dans les roues, surtout, dit-on aussi, qu’il y avait plein de sorciers au village.

Il y eut des danses traditionnelles et autres manifestations folkloriques pour l’occasion et ce fut en même temps, une fois de plus, l’occasion pour Barrabas de faire preuve de sa riche fortune dans ce qu’on appelait communément à Laghom le « farotage » ou encore le « rincement ». Il y eut aussi abondamment à boire et à manger au-delà de ce que les habitants de Laghom auraient pu imaginer. Au sortir de cet événement, le rendez-vous pour le mariage proprement dit fut pris dans les plus brefs délais, c’est-à-dire une semaine plus tard et, même si M. Nouaghe le considéra trop long, il ne put quand même laisser mauvaise impression à son futur gendre.


CHAPITRE DEUXIÈME

Une semaine plus tard, chose promise, chose due, ce fut le tour du mariage non pas religieux mais civil et coutumier. Même s’il est vrai que de par sa fonction ecclésiastique de catéchiste de l’unique paroisse du village M. Nouaghe aurait souhaité que sa fille première née se mariât à l’église, seulement, l’argent de Barrabas fermait et voilait tout à l’horizon de sa vue. Quoiqu’il en soit, le mariage eut lieu, il y eut beaucoup de convives qui trouvèrent tous la fête très belle, puisqu’il y eut assez à manger et à boire pour tous ; c’était aussi ça l’un des faits marquants de ce village puisque même les enterrements et autres funérailles étaient jugés bons ou mauvais selon qu’il y ait eu assez à manger et à boire ou pas.

À la fin de la cérémonie, la famille reçut des liasses de billets tel qu’elle pourrait s’en servir pour au moins deux ans, quels que soient ses besoins et désirs propres. Aussi, Barrabas le citadin promit d’en faire davantage si et seulement si en revenant au village l’année suivante, Martina lui avait mis au monde un de ces jolis garçons à qui il donnerait à coup sûr le nom de son papa, même si ce dernier se fâchait déjà du geste de son fils ; d’ailleurs il ne traiterait plus avec attention et tendresse sa propre famille du moment où il avait pris pour épouse la fille du catéchiste du village et changerait même inconsciemment son centre d’intérêt. Ce mariage devait, pour ainsi dire, diminuer non seulement le peu de temps qu’il passait avec son père quand il venait, mais aussi diminuer la quantité de provisions qui lui revenait à chaque retour de son fils au village.

Par ailleurs, l’absence de certains voisins des Nouaghe à cette célébration de noces témoignait non seulement de la jalousie de ces derniers, mais présageait aussi d’un malheur qui s’abattrait sur cette famille car, disait-on à Laghom, celui qui ne t’assiste pas dans un événement joyeux se prépare à assister à ton enterrement et sera d’ailleurs le plus grand pleureur à cette occasion. Ainsi, quoique catéchiste, M. Nouaghe se sentait inquiet de ces absences, surtout que sa fille ne s’était même pas mariée à l’église…

 

Edité et distribué par la maison d’édition numérique associative Plume Direct

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